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Full text of "Antoine Etex peintre, sculpteur et architecte, 1808-1888"

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ANTOINE ÉTEX 



Ce mémoire a été lu à la réunion des Sociétés des Beaux-Arts 
des départements,, tenue dans Vhemicycle de l'École des Beaux- 
Arts, à Paris, le 27 mars 1894. 



AIVTOIi\E ÉTEX 

PEINTRE, SCULPTEUR ET ARCHITECTE 
1808-1888 



PAR 



P. E. AIANGEANT 

PEINTRE 

MEMBRE DE LA COAniISSION DÉPARTEMENTALE 

DES ARTS ET DES ANTIQUITÉS DE SEIN E-E T-OISE , A VERSAILLES 



PARIS 

TYPOGRAPHIE DE E. PLON, NOURRIT et C»« 

RUE GA RANCI ÈRE, 8 

1894 



ANTOINE ETEX 

PEINTRE, SCULPTEUR ET ARCHITECTE 



I 



Dans un livre paru en 1865 ', M. de Lescure disait d'Étex : 
a C'est un maître militant, universel, audacieux, comme au beau 
temps de la Renaissance. » Cette courte appréciation résume avec 
un rare bonheur, tout à la fois, et le caractère elle talent d'un 
artiste qui fut avant tout un homme d'action doublé d'un homme 
de cœur, doué d'un tempérament ardent ; un fougueux et un con- 
vaincu. 

C'est autant par son caractère et par son existence que par son 
œuvre considérable et diverse qu'Etex évoque le souvenir de ses 
illustres devanciers. Comme eux, il voulut affirmer l'union intime 
des trois arts, Peinture, Achitecture, Sculpture, en les pratiquant 
simultanément; ainsi que certains d'entre eux, il fut amené à jouer 
un rôle dans les luttes politiques d'une époque troublée; enfin, 
suivant l'exemple des Léonard et des Cousin, il laissa des écrits 
sur l'Art et sur son enseignement, mettant en pratique dans toute 
son acception cette vieille devise d'un maître ancien et que 
souvent il aimait à citer : Nulla dies sine linea. 

Né à Paris le 20 mars 1808, Antoine Étex, comme beaucoup 
d'hommes de haute valeur, dès les premières années de sa jeunesse 
aux prises avec le côté matériel de l'existence, n'avait le plus sou- 
vent pour se livrer à l'étude de l'art (|ue les moments consacres 
par d'autres à leur repos ou à leurs plaisirs. 

' François /", & propos du groupe d'ICtcx érigé à Cognac. 



— 6 — 

Ses parents, Lyonnais de naissance, étaient de simples artisans, 
mais pratiquant l'un et l'autr-e des métiers d'art : le père, habile 
sculpteur d'ornement, la mère, brodeuse adroite, courbée du matin 
au soir silr son métier, qui, dans les mauvais jours^ fut parfois la 
seule ressource de la famille; les mauvais jours étaient fréquents, 
les travaux d'art chômaient souvent à cette époque, au point que lo 
père fut un moment réduit, pour gagner vingt sous par jour, à tail- 
ler des bois de fusils dont il se faisait alors une consommation 
terrible. Par compensation, les événements de 1814 et de 1815 ame- 
naient chez la brodeuse les uniformes chamarrés des hauts digni- 
taires de l'empire ou du royaume, uniforme dont on se contentait 
de changer à la hâte les broderies et les insignes. 

Malgré la modestie des ressources de la famille, on tint à donner 
à Etex et à son frère Jules, de deux ans moins âgé que lui, une 
simple mais solide instruction; les enfants suivirent d'abord les 
cours de l'école mutuelle, où le jeune Antoine, laborieux et d'es- 
prit ouvert, bien que quelque peu indiscipliné, devint en peu de 
temps moniteur général; quelques années plus tard, grâce à une 
bourse obtenue par ses efforts constants, il put entrer à l'institu- 
tion Nyon, célèbre à cette époque, où rapidement il termina les 
études qui lui étaient nécessaires. 

'Poussé par une vocation irrésistible, ayant à quatorze ans assez 
d'acquis pour aider son père dans ses travaux, il renonça vite à la 
pratique d'un art qui n'exigeait que de l'habileté de main, simple 
métier que le jeune homme jugea sans avenir pour lui. Malgré sa 
jeunesse, maître des procédés matériels dé la sculpture, il aida 
dans leurs travaux quelques artistes que connaissait son père, trou- 
vant ainsi l'occasion, tout en subvenant à ses besoins, de perfec- 
tionner, d'approfondir ce qu'il savait déjà de l'art statuaire, pour 
lequel il se sentait né. 

Peu après, en 1823, il put entrer à l'École des Beaux-Arts, dans 
l'atelier deBosio, abandonné bientôt pour celui de Dupaty, où il s(>, 
trouva avec Simart, son ancien et son aîné, avec lequel il partage;) 
tout de suite la première place. 

Travaillant sans relâche, forcé pour vivre de s'asti'eindre à des 
besognes mal rétribuées indignes de son jeune talent, il trouva 
dès celte époque le temps d« satisfaire son besoin d'étudier l'Art 



iousses différentes manifestations en menant de front l'étude de la 
peinture et de la sculpture. 

Pradier, alors dans toute la plénitude de son talent, avait -remar- 
qué les essais du jeune homme; il l'appela auprès de lui, lui fai- 
sant dès le début l'honneur de lui demander de l'aider à l'achève- 
ment d'une des statues qu'il exécutait pour la façade du palais de 
la Bouise à Paris. 

Corlot ayant succédé à Dupaty dans la direction de son atelier, 
Etex, qui ne se sentait aucun goût pour ce nouveau maître, ne parut 
plus chez lui et s'attacha à Pradier, qui s'était pris d'affection 
pour lui et devint à partir de ce moment son seul maître, son con- 
seil et son appui. 

En 1826, l'auteur de Sapho ne faisait pas encore partie de l'Aca- 
démie des Beaux-Arts ; l'Institut était maître incontesté à l'Ecole, et 
dans les expositions, le nom de Pradier était la pire des recom- 
mandations; quoi qu'il fît, Etex était régulièrement mis hors con-i 
cours chaque fois qu'il présentait un travail signé de lui^ 

Quelque peu découragé par ces échecs cruels, bien que prévus, 
par ce parti- pris devant lequel tous ses efforts venaient échouer, il 
trouva dans la conscience qu'il avait de sa valeur, et plus encore 
dans l'appui affectueux de son maître, la force de ne pas perdre 
complètement courage. 

Ingres, qui venait parfois à l'atelier de Pradier, contribua de son 
côté à encourager le jeune homme. Sentant en lui l'étoffe d'un 
artiste d'avenir, il lui offrit son atelier, ses conseils, honneur dont 
il était peu prodigue. Etex acceptaavec reconnaissance, etl'influence 
d'Ingres sur ses idées fut prépondérante dans la suite. On verra 
plus loin qu'à certains points de vue, il est légitime de regretter 
l'intransigeance de certaines opinions du grand peintre; transmises 
à ceux qui avaient assidûment fréquenté son atelier, peut-être ont- 
elles laissé des traces trop profondes et en quelque sorte ineffa- 
çables. 

Concurrent malheureux, Etex n'obtint au concours de Rome, en 
1832, que le second grand prix; il eut du moins la consolation 
d'avoir modelé une figure remarquable et remarquée, aussi bien 
au point de vue de l'interprétation du sujet que de l'expression de 
la forme elle-même; Hyacinthe frajjpé par le palet d'Apollon 
annonce déjà un talent réel et original ; tandis que ses concurrents 



— 8 — 

représentaient leur personnage élendii, mortellement atteint, lui, 
hardiment, le montre au moment où, frappé au front, il chancelle, 
portant d'un geste instinctif la main à sa blessure '. 

Au concours de l'année suivante, même insuccès. 

Malgré les huit années qu'il avait encore pour concourir, lîtex 
quitta l'Ecole, qui ne lui laissa pas un bon souvenir, renonça déG- 
nitivement aux récompenses académiques, et se mit à modeler une 
statue. 

Cette statue, Léda et le Cygne, peut être à juste titre qualiflée 
d'oeuvre de jeunesse dans toute la bonne acception du terme. Sujet 
délicat dont il sut se tirer avec bonheur, exprimant surtout le 
charme résultant de l'heureux rapprochement d'une forme d'oi- 
seau et d'un corps de femme. A g£noux, Léda caresse le cygne- 
dieu dont le long col onduleux, la tête câline, serpente sur les 
épaules, effleure le cou de la mortelle séduite ^ et aimée. 

L'exécution de cette charmante œuvre n'était pas à ce moment 
son unique préoccupation ; aussitôt qu'il entendit les rumeurs de 
l'çmeute troubler le recueillement de son atelier, il descendit dans 
la rue et prit à la révolution de 1830 une part que son ardente 
jeunesse ne pouvait manquer de rendre active; après trois jours 
passés dans Paris, les armes à la main, ses camarades et lui se remi- 
rent à la besogne, V escamotage accompli , pour employer son 
expression. 

Quelques jours après son avènement au ministère, M. Guizot 
fit annoncer à Etex qu'il venait de lui être accordé une pension de 
1,500 francs pendant deux ans. 

C'était une petite fortune pour le jeune homme; aussitôt le pre- 
mier trimestre touché, il partit pour l'Italie, qu'il considérait comme 
une sorte de terre promise; il y séjourna jusque vers le milieu de 
l'année 1832. Il ne rentra en France qu'après avoir passé quelques 
temps en Algérie et en Espagne, d'où il rapporta une foule d'im- 
pressions nouvelles, de nombreuses aquarelles et quantité de 
croquis. 

Comme ancien combattant de 1830, toujours épris de l'idée 

' Cette figure fut commandée en marbre par le baron Turpin. 
^ La Léda ne fut exécutée en marbre et exposée que quatre ans apr«s avoir 
été modelée (Salon de 1834). , 



— 9 — 

républicaine, du principe de la liberté, il s'intéressa vivement au 
sort de l'Italie ; en communion d'idées avec les patriotes italiens, il 
se lia avec certains d'entre eux, notamment avec Melloni, dont il fil 
le portrait, se compromettant et conspirant quelque peu, travail- 
lant beaucoup, se passionnant pour les chefs-d'œuvre des écoles- 
italiennes qu'il pouvait enfin admirer. 

C'est pendant ce séjour qu'il exécute le Caïn et sa famille mau- 
dits de Dieu. 

Exposé au Salon de 1833, ce beau groupe y produisit une sen- 
sation profonde ; il classa d'emblée au premier rang son auteur, qui 
put dans la suite, à force de talent, égaler quelquefois, mais jamais 
surpasser l'œuvre superbe de ses débuts. 

Une médaille de première classe fut la consécration de ce succès et 
la récompense de l'auteur; mais, contrairement à ce que celui-ci espé- 
rait, Cam n'eut cette année, ni la suivante, les honneurs du marbre. 

Le public et la presse avaient unanimement couvert l'artiste 
d'éloges : ce fut tout, pour le moment du moins ; mais une occasion 
allait se présenter qui permit à un homme intelligent de réparer 
cet injuste oubli. 

En arrivant au pouvoir, un des premiers actes de M. Thiers avait 
été de faire achever à Paris un certain nombre de travaux inter- 
rompus. Parmi eux l'Arc de triomphe, érigé au milieu de la place 
de l'Etoile, semblait depuis de longues années comme oublié, envi- 
ronné de toutes parts d'échafaudages déserts; construction menaçant 
de devenir une ruine avant d'avoir été un monument. 

On décida l'achèvement de ce colosse ; deux des quatre trophées 
furent commandés, l'un à Rude, l'autre à Cortot, le troisième fut 
donné à Etex. Ce fut lui, le plus jeune des trois artistes (il n'avait 
alors que vingt-six ans), qui trouva moyen, sans cependant suivre 
le programme tracé, d'imposer ses idées, qui séduisirent tellement 
le ministre que le (|uatrième emplacement à décorer lui fut attri- 
bué. Il est intéressant de reproduire telle qu'elle fut rédigée par 
M. Thiers, en 1835, la liste des sujets à traiter par les artistes. 
1792. Le Départ des armées (la Marseillaise de Rude). — 1806. 
L'époque triomphale, la Conquête (haut relief de Cortol). — 1814f. 
Le Malheur j la Résistance opiniâtre. — 1815. La Paix (ces 
deux derniers par Etex). 



— 10 — 

La première œuvre d'Etex, qui affirmait magistralement la puis- 
sance de son talent, avait éveillé bien des jalousies, fait bien des 
envieux. La commande des trophées de TArcde triomphe déchaîna 
contre lui et l'Institut et l'Ecole, les maîtres et les élèves; ce 
n'étaient plus seulement des envieux, c'étaient des ennemis; la 
guerre lui fut déclarée. Tout fut tenté pour dénigrer l'œuvre nou- 
velle et décourager l'artiste. Aussitôt découvertes, les sculptures de 
l'Arc de triomphe furent déclarées mauvaises, inacceptables. Il 
n'y eût plus désormais qu'une voix pour accueillir par des critiques 
acerbes toutes les œuvres, signées Etex, qui parurent aux Salons. 

Les limites étroites imposées à celte étude nous forcent à faire 
un choix restreint dans l'œuvre de l'éminent artiste; de même que 
seules les cimes des arbres les plus élevés d'une forêt lointaine sont 
visibles, de même il n'est possible et intéressant de ne distinguer 
que les plus saillantes d'entre les productions du fécond et labo- 
rieux maître. 

Malgré les attaques des uns, l'indifférence simulée des autres, 
Etex ne cessa de produire et d'exposer : au Salon de 1837 il en- 
voyait une statue de sainte Geneviève; en 1839, le Caïn reparut, 
en marbre cette fois, grâce à M. de Montalivet, qui en avait provo- 
qué la commande et qui fit envoyer le groupe au Musée de Lyon. 

Etex vit, l'année suivante, un modèle qu'il avait envoyé au con- 
cours pour l'érection d'un monument au maréchal Fabert, à Metz, 
choisi à une grande majorité, malgré toutes les intrigues mises en 
œuvre. 

La même année et les suivantes sortirent successivement de ses 
ateliers une statue de Charlemagne pour la salle des séances de la 
Chambre des pairs, au palais du Luxembourg; un groupe placé 
plus tard à l'hôpital Lariboisière, La ville de Paris implorant Dieu 
pour les victimes du choléra; — le Monument de Vauban à l'église 
des Invalides; — celui de Géricault au cimetière du Père-Lachaise; 

— une statue de Blanche de Castille pour le Musée de Versailles; 

— le Saint Louis de la barrière du Trône; — la statue de Ros- 
sini, disparue dans l'incendie de l'Opéra de la rue Le Peletier 
en 1873. 

Puis successivement il exécuta la statue du général Lecourbe, à 
Lons-le-Saunier; le Christ à la colonne, à Saint-Eustache (1856) ; 



— 11 — 

le Saint Augustin, A la Madeleine. Au Salon de 1859, Xa. Douleur 
Maternelle, groupe acheté sur les instances de Mme la princesse 
Alathilde et placé à Poitiers, où une autre œuvre du même auteur 
commandée plus tard lui fait pendant. 

En 1860, il part pour Cognac, où il obtint la commande d'une 
statue équestre de François P% qui ne put être inaugurée que 
quatre ans après. 

Toujours épris de la grande sculpture décorative, il se mit à 
exécuter à ses frais un groupe colossal composé de deux figures, 
les Naufragés, qui fut exposé en 1867 (Exposition universelle) 
et acquis seulement en 1886 et placé au parc de Montsouris. 

En 1870-71, au milieu des angoisses que lui causaient les évé- 
nements dont no'js gardons tous le souvenir, il eut la satisfaction 
de rendre hommage à la mémoire de M, Ingres, en étant chargé 
de la commande du monument que Montauban, sa ville natale, 
avait décidé de lui élever. 

Ne doutant jamais de lui-même, à l'âge de soixante-seize ans, 
Etex entreprit de concourir à IVice pour le monument que la mu- 
nicipalité de celte ville voulait consacrer à Garibaldi. Choisi pre- 
mier à l'unanimité, il se mit avec une ardeur juvénile au travail; 
la tâche n'était pas au-dessus de ses forces, mais les luttes qu'il eut 
à soutenir par suite des mauvaises volontés et des obstacles qui lui 
étaient constamment opposés achevèrent de ruiner sa santé, son 
énergie devenait impuissante, il ne put mènera bien cette dernière 
entreprise. Ses modèles laissés inachevés furent repris, et l'œuvre 
interrompue terminée après sa mort par un sculpteur de haute 
valeur, G. Deloye, qui, chargé par la famille de remplir les enga- 
gements de l'artisle qui n'était plus, sut s'acquitter avec talent et 
bonheur de celle tâche difficile et de cette lourde succession. 

L'œuvre sculptée d'Etex ne se borne pas aux productions capi- 
tales que nous venons d'énuniérer; en dehors des nombreuses 
statues dont on trouvera le catalogue d'autre part, il laisse une 
quantité de portraits, busles et médaillons d'un art très personnel, 
et qui seuls suffiraient à la réputation d'un grand artiste. 

Citons au hasard les bustes de Charlet, Cavaignac, Berryer, 
le duc d'Orléans, général Chanzy, Alexandre Dumas père, Dela- 
croix, Chateaubriand, Judith Gautier, Alphonse Karr, Corot, Liszt, 
Mclloni, Lablache. ' 



— 12 — 

Bien qu'inférieur comme peinlre, ses tentatives méritent mieux 
qu'une simple mention, d'autant qu'il fut le premier de ce siècle à 
proclamer la nécessité de l'étude simultanée des trois arts et à 
appuyer cette théorie par une pratique personnelle. 

Dès l'École des Beaux-Arts, il menait de front l'étude de la 
sculpture et celle de la peinture, et même le hasard fit qu'il débuta 
dans une exposition publique, non comme sculpteur, mais comme 
peintre. 

Un jour qu'en compagnie d'un camarade, Gérard Séguin, il 
terminait une étude de femme nue, arrive Alexandre Dumas, que le 
tableau séduit et qui veut absolument l'emporter. 

A quelque temps de là, c'était en 1828, étonnement d'Etex, qui 
reconnaît au milieu des œuvres de Delacroix, Delaroche, David 
d'Angers, Ingres et Pradier, son étude prêtée par l'excellent ro- 
mancier, qui voulait ainsi contribuer au succès pécuniaire de cette 
exposition, faite pour secourir les Grecs, au moment de la guerre 
de l'indépendance. 

Pendant son séjour en Italie, l'artiste ne cessa pas ses travaux 
simultanés de peinture et de sculpture; il rapporta de Rome des 
copies, un tableau, les Médicis, des études, entre autres un portrait 
de femme de la campagne de Rome, légué à l'éminent statuaire 
Eugène Guillaume. A partir de 1844, presque à chaque Salon, il 
expose dans la section de peinture. C'est ainsi qu'on vit de lui un 
Martyre de saint Sébastien en 1844, actuellement au Musée de 
Rouen ; la Mort du Prolétaire en 1845, donné au Musée de Lyon ; 
Eurydice f au Musée du Luxembourg; le tableau de la Gloire des 
Etats-Unis , immense toile contenant les portraits des hommes 
illustres du nouveau monde et de tous ceux qui coopérèrent à l'œu- 
vre de son indépendance. Il exposa aussi de nombreux panneaux 
décoratifs, des portraits, notamment celui de Chateaubriand en 
1847, très intéressant, et le, sien, aujourd'hui placé dans les atti- 
ques du Musée de Versailles. 

En architecture, les monuments funèbres de la famille Raspail, 
du poète Brizeux à Lorient, de la famille Le Harrivel du Rocher, 
de M. Schœlcher et d'autres encore, forment une suite intéressante. 

De nombreux projets lui sont dus en outre; celui pour la 
reconstruction de l'Opéra, un projet d'église consacrée aux Sept 



— 13 — 

Sacrements, une école de natation, des idées igénieuses ou origi- 
nales pour la décoration de certains points de Paris, enfin le projet 
du monument de l'Assemblée nationale pour Versailles. 

La pointe du graveur ne lui fut pas non plus étrangère : une belle 
eau-forte de lui reproduit son œuvre maîtresse, Caïn; puis à 
signaler encore une suite extrêmement intéressante de compositions 
gravées au trait et destinées à accompagner la traduction en vers 
que fit Léon Halévy ' des chefs-d'œuvre des tragiques grecs. 

Il se fit même illustrateur, pour chercher à exprimer par le 
crayon l'inexprimable Z>^y^;^e Comédie(\n Dante. Malheureusement 
ses compositions, faites pour être rendues par la gravure sur bois, 
furent dé|)lorablement gravées et aussi mal imprimées; il est vrai 
de dire que les procédés étaient encore dans leiir enfance et que 
le dessinateur n'avait peut-être pas songé à se préoccuper des res- 
sources particulières à cet art de la gravure sur bois, dont on a 
appris depuis à tirer un si bon parti. 

Etex fut encore écrivain et conférencier. Il publia un Cours de 
dessin en 1851, composé d'un volume de texte et d'une suite de 
planches litliographiées, travail rempli de précieux enseigne- 
ments. Une brochure sur l'Exposition de 1855 (Exposition univer- 
selle), une autre sur le Sulon de 1863, des Notices sur David d'An- 
gers, Pradier, Ary Scheffer, un volume de Souvenirs^ dix Leçons 
sur les trois arts professés dans le grand amphithéâtre de l'Ecole 
de médecine en 1860-61, une conférence à l'Athènée sur Gavarni, 
d'autres enfin à Nice, où sa santé l'obligeait à se retirer durant 
l'hiver pendant les dernières années de sa vie. 



II 



Malgré l'autorité de son nom et la valeur de ses œuvres, il est 
permis de ne pas partager l'opinion de M, Ingres, lorsqu'il con- 
seillait à Etex de ne pins faire que de la peinture. Non seulement 
l'œuvre sculptée de l'auteur du Caïn est incontestablement supé- 
rieure à tout ce qu'il a produit en peinture, mais encore il n'est 

' Frère de l'auteur de la Juive. 



— 14 — 

pas possible de douter que la nature ne l'eût formé pour la carrière 
de sculpteur, et non pour celle de peintre, i 

On ne trouve, en effets en lui à un assez haut degré ni les quali- 
tés d'un coloriste, ni celles d'un dessinateur au point de vue spécial 
de l'art du peintr^. Les modelés sont durs, les contours secs, la. 
copiposition ne s'éloigne pas sensiblement de celle d'un basrrelief, 
et, le pinceau à la main, il ne retrouve pas la belle audace, la fougue 
et la touche vigoureuse qu'il imprime à la terre ou au marbre lors- 
qu'il manie l'ébauchoir ou le ciseau. 

Son Saint Sébastien de Rouen, non plus que son tableau du, 
Musée de Lyon, la Mort du Prolétaire, n'est comparable à la 
moindre des figv|res dçsideux trophées de l'Arc de triomphe ou 
de n'importe q»i,&ll€ statue modelée par lui. 

Seules quelques études présentent un intérêt assez grand et 
prouvent, malgr<^ les réserves qui précèdent, qu'un homme doué 
comme lui ne peut rien faire d'indifférent; le rare mérite de sa 
sculpture amène, du reste, forcément à faire des comparaisons par 
trop défavorables pour tout ce qui ne possède pas la même valeur. 

Par la puissance de l'exécution, ces premières œuvres d'un jeune 
homme de vingt-cinq ans rappellent d'assez près la magistrale 
ampleur de Pierre Puget; mais leur conception apporte une note, 
nouvelle, l'expression par. la composition des groupes, par l'atti- 
tude des personnages, par leur physionomie. 

Ces qualités n'avaient pas échappé à M. Ingres, qui, avec l'in- 
transigeance et l'absolutisme qu'il mettait à exprimer ses théories, 
dit à Etex, qui lui montrait son Caïn avant de l'envoyer à l'Expo- 
sition : « Tâchez de vous faire commander ce groupe en marbre, 
puis, avec l'argent de cette commande, faites un Caïn debout, et 
anéantissez ce travail » ; et il ajouta : « Votre groupe est superbe, 
personne en ce temps-ci n'est capable de modeler cela; c'est du 
beau, du très beau Canova; c'est de la sculpture d'expression; 
brisez cela, je vous le répète, mais seulement quand il vous aura 
été commandé. » Ce discours ne peint-il pas l'homme? 

Etex ajoute ' : «M. Ingres, à ce moment-là, me paraissait avoir 
perdu la raison. Aujourd'hui, quarante ans après que ce jugement 
a été porté, je le comprends mieux, et j'avoue que, la sculpture 

* Souvenirs d'un artiste. 



— 15 — 

étant l'art de la forme par excellence, l'expression y devient un 
dangor. Mes tentatives faites depuis dans ce genre ne servent qu'à 
donner raison à M. Ingres. » 

Oui certes la sculpture est l'art de la forme par excellence ! Mais 
est-il interdit d'ajouter à cette forme sans lui nuire? Ne doit-oa lui 
faire exprimer autre chose que la seule apparence matérielle? 
Michel-Ange, Donatello, ont-ils procédé autrement? Le Julien de 
Médicisj par exemple, n'est-il que l'expression de là iorme seule. ^ 

Les anciens, qui considéraient plus que les modernes la statuaire 
suivant la manière de voir de M. Ingres, ne représentaient pas de 
la même façon la divinité et l'homme. Que l'on compare une slatue 
de Zeus avec celle du gladiateur ou du discobole! 

Cette opinion et cet enseignement trop exclusifs ont laissé des 
traces dans les œuvres ultérieures d'Etex, et c'est peut-être la rai- 
son pour laquelle il s'est trouvé éloigné du mouvement romantique, 
qu'il aurait pu et dû diriger avec autant d'autorité que tels autres 
artistes de son temps. 

Non sans quelque parti pris, les critiques lui reprochèrent, à dif- 
férentes reprises, de rester au-dessous de son œuvre de début, de 
s'être assagi en un mot ; c'est là un reproche un peu exagéré 
peut-être, et que l'on jette volontiers à la tête de tout homme qui 
a débuté par un coup de maître. Cette critique, qui n'est pas dénuée 
de fondement, n'empêche pas cependant de constater la haute 
valeur de ses œuvres qui succédèrent à celles de ses débuts. 

Sans contester la part d'influence que des hommes tels que 
David d'Angers, Préault, Barye , exercèrent sur les artistes du 
milieu de ce siècle, il est hors de doute que le Caïn produisit une 
sensation vive et profonde, fit école en un mot; l'impression s'en 
retrouve dans les œuvres d'artistes de premier ordre : YUgolin de 
Carpeaux, le Paradis perdu de Perrault, et bien d'autres encore; 
c'est là un fait indiscutable. 

Même dans les œuvres où son talent se sentait moins à Taise, où 
sa fougue ne pouvait se donner carrière, on rencontre une note 
bien particulière où l'on sent l'influence directe de Pradier, 
influence très peu visible au contraire dans ses grandes composi- 
tions, dans son œuvre de longue haleine, comme les Trophées de 
l'Arc de l'Étoile. 

Parmi celles-ci, l'on peut citer : la slatue à' Hélène àc la cour 



— 16 — 

-du Louvre, si délicatement drapée, la Blanche de Casiille du 
Musée de Versailles, la Sainte Geneviève àe Clamecy etc.; ces 
statues et quelques autres en petit nombre possèdent même une 
^râce élégante, caractère assez rare chez Etex. A part la Léda, 
œuvre de débat, Françoise de Rimini^ un bas-relief, et les statues 
dont il vient d'être question, il faut reconnaître que la force, la 
puissance et la grandeur étaient les qualités maîtresses du sta- 
tuaire; des projets de groupes d'une dimension colossale, de fon- 
taine monumentale restés malheureusement à l'élat de maquettes 
auraient montré combien Etex était doué pour faire grand; la for- 
tune contraire ne l'a pas permis. 

Dans un genre plus intime, le portrait, Etex sut exceller égale- 
ment; ses busles ou médaillons sont d'un art très sincère, d'une 
sobriété d'exécution remarquable et d'une ressemblance pénétrante. 

Il ne faut pas s'attendre à trouver, en Etex architecte, la haute 
personnalité qu'il possédait comme statuaire; dans le domaine rela- 
tivement simple de l'architecture destinée à servir d'accompagne- 
ment à une œuvre de sculpture, il a certainement trouvé des com- 
binaisons ingénieuses ; tout ce qu'on en pourrait dire ne vaudra 
jamais la vue du Tombeau de la famille Raspail au cimetière du 
Père-Lachaise, le soubassement de la statue de François I" à Co- 
gnac; la recherche des profils, le calcul juste des proportions, la 
sobriété, l'ampleur de la niasse prouvent, en dehors d'un senti- 
ment spécial, l'étude éclairée de tout un ordre de connaissances 
jusque-là trop ignorées par les artistes de notre siècle. 

Ses tentatives dans le domaine plus complexe de l'architecture 
proprement dite paraissent avoir été moins heureuses. Nous avons 
déjà cité ses principaux projets; celui de l'Opéra est de beaucoup le 
plus important et aussi le plus intéressant à tous les points de vue. 

Il faut convenir que comme aspect décoratif, surtout pour la 
partie inférieure, l'impression n'est pas séduisante, les grandes 
lignes droites limitent de toute part la base de l'édifice, base écrasée 
et sans reliefs, des baies également distantes, toutes semblables, rec- 
tilignes ou bien, suivant l'étage, se terminant en haut par des arcs 
en anses de panier, font un peu songer à des constructions improvi- 
sées en bois découpé. Cette critique faite, constatons une heureuse 
idée, bien dans les données de l'architecture et du reste employée 



— 17 — 

depuis, notamment à l'Opéra de Paris : nous voulons parler de 
l'indication très claire à l'extérieur des divisions intérieures de l'édi- 
fice. Un immense vaisseau surmonté d'un fronton révèle clairement 
l'emplacement et la destination de la scène, isolée ainsi presque en- 
tièrement du reste de l'édifice. En avant, une rotonde : c'est la salle. 
Enfin, au-dessus du vestibule, au premier étage de la façade, le 
foyer et une loggia. 

Mais laissons à des critiques plus compétents le soin de discuter 
le plan, qui n'est pas à l'abri de toute critique, mais qui présente 
des qualités fort remarquables. Ces qualités impressionnèrent telle- 
ment, que l'administrateur de l'Opéra, voyant le projet, dit à 
Etex : ft On va se moquer de votre projet de théâtre. Cependant, 
avant vingt ans, les salles de spectacle seront toutes construites 
sur votre modèle exposé celle année' iî , et il ajouta que, pour 
la rédaction du programme au second degré, il prendrait trois 
choses capitales dans ce projet. Les trois grandes divisions : salle, 
scène et vestibule, puis l'isolement de la scène par un mur exté- 
rieur ". 

C'était là, si l'on veut, un succès, mais un succès anonyme. 
Un homme aussi heureusement doué, possédant l'amour de l'Art, 
d'imagination vive et passionné pour tout ce qui était production 
de là pensée, ne pouvait qu'exprimer avec bonheur ses idées lors- 
qu'il lui arrivait d'écrire sur l'Art, soit pour l'enseigner, soit pour 
faire œuvre de critique. 

Il savait au besoin, puisant dans ses nombreux souvenirs, racon- 
ter gaiement les intéressants épisodes de sa longue existence. 
C'est ainsi qu'étant à Rome devant l'œuvre écrasante de Michel- 
Ange à la chapelle Sixtine, « il y avait près de moi, raconta-t-il, un 
« bon vieillard, qui était le pape Grégoire XVI. Un familier du 
« Saint-Père me dit qu'il avait eu, à quelques jours de là, une 
tt singulière affection. Ce digne Pape, il faut l'avouer, joignait aux. 
tt nombreuses vertus qu'on lui connaissait un seul petit défaut; il 
tt aimait, disait-on, un peu trop le bon vin. 

tt Lorsqu'il fit cette dernière maladie, son médecin lui avait 
« conseillé de mêler son vin. Le Pape avait obéi à la prescrip- 

' Souvenirs d'im artiste. 
* Note manuscrite. 



r- 18 — 

a tion, il avait mêlé son. vin, mischiato, et son nez rougissait 
« toujours. Sa face était violette et enflammée outre mesure, le 
u mal empirait. Le pauvre docteur n'y pouvait rien comprendre. 
xt Enfin, poussé à bout de sa science, il questionna son malade et 
« lui demanda comment il mêlait son vin. , 

vi . — Col vino Francese, avec du vin de France, du vin de 
Champagne, dit le malade. 

,1 — Oh ! je ne m'étonne plus, dit le docteur; je voulais dire 
coU'aqua, avec de l'eau, iS'«w^o Padre. , _ [ 

. — Oh! che peccato! fit Grégoire XVI. Er a tanto hono cosû, 
C'était si bon ainsi ! » ; , ■. , : 

Autre part il raconte qu'en 1830, pendantla révolution, on avait 
chargé les artistes, presque tons de la garde nationale, de veiller à 
la conservation des galeries du Louvre; ils étaient installés, qui dans 
les salles de peinture, qui dans celles de sculpture. Au moment où 
les gardes chargés de relever le poste entraient dans le grand salon 
carré, on entendit un grand bruit de voix dans la galerie du bord 
de l'eau; on trouva MM. Ingres et Paulin Guérin qui, à la suite 
d'une discussion sur Raphaël, en étaient arrivés au paroxysme de la 
fureur, u Paulin Guérin, grand et fort, ne parlait plus, il aboyait 
«horriblement; M. Ingres, rond et petit,, écumait de rage, 
tt Heureusement ils avaient déposé leurs armes à la place où on 
«les avait mis en faction, M. Ingres son grand sabre, et Paulin 
« Guérin son fusil de munition. » 

Les Souvenirs d'un artiste, auxquels sont empruntées ces anec- 
dotes, sont une sorte d'autobiographie publiée vers 1876, d'une 
Jecture intéressante malgré un peu de confusion; les ouvrages de 
ce genre gagneraient à être publiés sous forme de notes écrites 
sous l'impression des faits et seulement classés par ordre de 
date. Les souvenirs sont souvent des mémoires écrits dix, vingt, 
trente ans après les événements, ce qui, malgré toute la bonne 
volonté et forcément même, en dépit de la sincérité de l'auteur, 
leur retire leur plus grande qualité, l'exactitude absolue de 
l'impression au moment où elle s'est produite. 

Les autres écrits d'Etex sont tous consacrés soit à l'enseigne- 
ment, soit à la critique; les principes de dessin que contient son 
cours élémentaire sont ceux professés actuellement; l'un des pre- 



— 19 — 

miers il réagit coulre la métlioile à. la mode il, y a citupianle ans, 
qui consistait à employertoiite l'application, toute la bonne volonté 
de l'élève à copier des hachures savantes et inutiles : n Je le 

I répète, dit-il, je le répète avec intention, craxjonner n'est pas 
" dessiner, et ceux qui enseignent aujourd'hui apprennent plutôt 
tt à crayonner qu'ils n'apprennent à dessiner T CeïheHe& hachures, 
« ces beaux estonipages, où tant de temps est sacrifié, n'apprennent 
«rien aux élèves. On exige des commençants une main habile, 
« exercée, comme celle d'un homme qui aurait vingt ans de pra- 
« tique dans l'art : erreur! mensonge! sottise tout à la fois qui 
« découragent les élèves en les faisant douter d'eux-mêmes ! On 

• « leur demande l'impossible : le résultat que donne seule la pra- 
tt tique avant d'avoir pratiqué! Après avoir parfaitement. trouvé 
a vôtre dessin général, que cliaque coup de crayon soit l'expression 
tt d'une forme, que chaque hachure aide au modelé, l'explique ; 
a voilà la belle, la vraie manière de dessiner à l'exemple du dessin 
tt des maîtres. C'est dessiner comme eux dans le sens perspectif, 

II c'est le vrai dessin, le dessin exact, le dessin intelligent! « 

: . Et plus loin : «Au lieu de laisser épouvanter vos enfants par 
«les pédants, montrez-leur dans l'art ce qu'ils voient dans la 
« nature; elle leur ouvre les bras, les appelle, leur sourit; qu'ils 
« suivent l'impulsion de leur cœur; tout modèle qui ne leur dira 
« pas : « Venez à moi, je suis facile » , doit être rejeté par eux 
«comme un poison dangereux. « , 

« La chose principale est d'apprendre à voir juste, et l'on 
« n'apprend à voir juste qu'en exerçant son œil à la rectitude. Le 
« sentiment ne s'apprend pas, mais il se développe considérable- 
« ment par l'exemple; nous ne saurions trop répéter aux élèves de 
« ne voir que les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres dès le 
«commencement, de ne voir que des , ouvrages véritablement 
« beaux et reconnus pour tels depuis des siècles. » 

Voilà un noble langage, digne de l'artiste qui le tient ; ses conseils 
sont écoutés de noç jours, en partie du moins : un jour viendra où 
ces principes seront rais en pratique partout. 

C'est avec la même chaleur qn'Etcx, dans chacune de ses bro- 
chures, à chacune de ses conférences, par la plume et la parole, 
combat pour la cause qu'il défend; souvent, c'est avec un senti- 
ment d'amertume et de tristesse qu'il cherche à lutter contre 



— 20 — 

les injustices dont il avait souffert et dont il avait vu souffrir. 

Quelques lignes sur M. Ingres indiquent bien que, malgré son 
affection pour son art, il n*était pas sans juger d'une façon très pré- 
cise ses qualités et ses défauts : « M. Ingres est fragmentaire, plus 
tt analytique que synthétique, plus raisonneur sensible par certains 
« côtés des formes dans l'art que passionné pour ce qui bat dans 
«le cœur de l'homme, sans drame réel en un mot; sculpteur- 
t. peitître plutôt que peintre, sculpteur et architecte; rageur de 
u détail, piétinant en femme sur la tombe de son ennemi mort, 
u mais incapabje de se tenir en face de cet ennemi armé de toutes 
« pièces pour résister à ses coups, aimant mieux qu'un autre se 
u charge de la besogne, et cela sans manquer de courage toute- 
« fois. » {Revue de l'E apposition universelle de 1855.) 

Tantôt, c'est une lettre indignée qu'il imprime et fait distri- 
ùer ; on venait de refuser les tableaux de Delacroix et les sculp- 
tures de Barye au Salon : « Quelle confiance peut-on avoir en des 
f juges assez aveugles pour préférer à une toile de Delacroix tant 
i< de peintures de toutes espèces, et aux animaux de Barye les figures 
u insignifiantes que nous voyons dans les salles de la sculpture? » 

Tantôt, faisant allusion au retentissant succès d'une artiste 
célèbre, surtout à cette époque, il écrit des pages pleines de bon 
sens au sujet des prétentions de certaines femmes qui, abandou- 
nantle rôleque la nature leuraassigné, prétendentfaire àriiomme, 
dans le domaine des arts, des sciences ou des lettres, une concur- 
rence déplacée. C'est une réponse toute faite aux revendications 
actuelles, aux théories d'égalité mal comprises que la presse 
accueille de temps à autre et qui exaspéraient le vieil artiste. Ce 
passage est trop d'actualité pour ne pas être cité; le voici : 

« ...Les femmes aussi veulent avoir leur part du budget. 
a Pauvres femmes ! ... Il n'y a pas de lois, de barrière, qui puis- 
« sent préserver le saint foyer de la famille de cette maladie, de 
« cette peste, de cette infection, qui enlève une fille à sa mère, une 
tt épouse à son mari, une mère à ses enfants... 

«Heureusement l'humanité, dans le bon sens, laisse encore 
« assez de femmes saines de cœur et d'esprit pour nous conserver 
tt des filles, des épouses et des mères. Celles-là, au moins, les 
« braves, comprennent admirablement que les centauresses sont 
« des monstres, et que toute femme qui, par un sot orgueil, une 



— 21 — 

« folle vanité, ne reste pas dans sa sphère, dans les plus pures, 
tt les plus nobles attributions de son sexe, bouleverse la nature 
a et manque à sa mission providentielle. 

« Au surplus, pour calmer l'excitation cérébrale de ces dames 
tt avant qu'elles s'engagent dans un labyrinthe sans issue, prions- 
« les de chercher dans les galeries des anciens, puis dans celles 
« des modernes, quelles sont les œuvres de femmes qui puissent 
u lutter avantageusement avec les ouvrages des hommes, (|ui res- 
« tent pleins de vigueur devant l'épreuve du temps. Quelle femme 
« pourra jamais soutenir une de ses œuvres à côté des sculptures 
'i de Phidias, des peintures de Michel-Ange, du Giorgion, de 
« Léonard de Vinci, de Titien ? Pour en finir à jamais avec cette 
it cause jugée par la sagesse des nations, prenez les gros chevaux 
« de votre héroïne, et mettez à côté un simple croquis de Géri- 
tt cault, et vous me direz si consciencieusement il est raisonnable 
« d'user tant d'efforts pour arriver à un aussi faible résultat. On 
tt me répondra avec une apparence de raison : « C'est beaucoup 
(t mieux que ce que font beaucoup d'hommes. » Cela peut être 
a vrai; mais au point de vue où nous avons compris le sacerdoce 
K de l'Art, ce détail est insignifiant pour nous, qui voudrions voir 
« anéantir tout ce qui n'est pas considéré comme une belle chose, 
il un chef-d'œuvre, par le jugement infaillible de la postérité, 
« s'ensuit-il que nous devions interdire aux femmes l'exercice de 
te leur intelligence par les beaux-arts ? Au contraire, nous voudrions 
« que toutes les femmes fussent en état d'apprendre à dessiner à 
« leurs enfants. 

«Cela semble paradoxal, et l'on trouve tout naturel qu'une 
«jeune personne abandonne sa mère pour suivre des leçons de 
" peinture dans un atelier où se trouvent réunies vingt femmes 
« sorties de je ne sais où, et où il y a des modèles des deux sexes, 
« sans compter le professeur et son influence; ou bien qu'elle étale 
« ses grâces devant un chevalet, qu'elle monte sur un marchepied 
« dans une galerie publique. 

« Les danseuses ont au moins la rampe, toute la largeur de l'or- 
« cheslre, pour les garantir d'impudiques regards ; mais les pein- 
es tresses!... et les sculpleuses donc!... Comme ça va bien à leur 
« sexe chaste et timide de fouiller dans la forme, d'enlever la 
a peau et les muscles pour chercher la place des os ; de manier la 



" niasse, le lourd marteau du sculpteur, de tenird'une main ferme 
« nn gros ébauclioir, un énorme ciseau, ou bien de se barbouiller 
a de terre glaise ! C'est encore moins coupable, me direz-vous, que 
" d'empoisonner son enfant, à peine formé dans son sein, par 
il l'odeur des couleurs. Et voilà les sacrifices que l'on encourage, 

< sans parler des malheureuses qui font de mauvais livres, de mau- 
« vaises pièces de théâtre et de mauvais romans, qui montent à 
a cheval et qui jurent en fumant. 

« J'aime mieux la simple femme qui, dans sa candeur, dans sa 
ti haute raison, sa vertueuse sagesse, trouve que pour elle il n'y a 
.1 rien de plus noble, de plus haut, de plus grand que d'être en 
« commençant une excellente fille pour tous ceux qui l'entourent, 

< la joie du père et de la mère, puis l'épouse, enfin la mère 
il adorée, vénérée, le centre affectueux, l'ange protecteur du foyer 
i domestique qui s'éteint au son des voix reconnaissantes des 
« enfants qui la pleurent. Ces femmes-là auront du moins le droit 
« de demander à la société des fils et des filles dignes d'elles- 
-mêmes. Mais, ôvous ! femmes extravagantes d'orgueil, folles de 
: vanité, dites-moi ce que sont devenus vos fils, et oii sont vos 
£1 filles, w 

« Etex, vous êtes un brave cœur, lui disait l'excellent Charlet 
■< avec son ton gouailleur, et vous mourrez à l'hôpital. « De fait, 
après avoir durant plus de soixante ans travaillé sans relâche, il 
ne laissa qu'une très petite fortune dont il vivait modestement avec 
celle qui, durant cinquante-cinq ans, avait partagé une existence 
agitée sans doute, mais bien remplie. 

Etait-ce une conséquence de l'enseignement reçu à l'atelier 
Ingres? Son esprit large et éclectique, qui confondait en une même 
admiration les chefs-d'œuvre de Raphaël et ceux de Rembrandt, 
le suave mysticisme de Fra Angelico et la furia de Rubens, fut tou- 
jours rebelle à la compréhension des beautés de notre art natio 
liai, si Original, si grand et si varié. Tout jeune encore, il osait 
parler à l'auteur à^OEdipe des peintres réprouvés par lui, tels 
Rubens et Delacroix. Ingres finit par lui répondre un jour, à pro- 
pos de l'un de ces deux maîtres : « Eh bien, oui c'est beau, mais 
ci surtout ne répétez à personne ce que je viens de vous dire. 5) 
Cependant, Etex, qui admirait tant les primitifs italiens et flamands, 
ne voulut jamais admettre que l'art gothique fût un art; malgré 



— - 23 ~ 

ses séductions et ses enchantements, il ne trouvait dans l'admirable 
audace de ses architectes que des tours de forcé inutiles, et dans 
le style naïf de ses sculpteurs que maniérisme et gaucherie. 

Ecoutez ce qu'il écrit à propos de Notre-Dame de Paris : « Eu 
a présence de cette masse noire, flanquée de ces deux grandes 
« tours féodales criblées de trous et comme sculptées au hasard 
K par une artillerie formidable,, je me demande : Esl-il donc vrai 
« que cela soit beau ? Alors je tourne autour de l'édifice. SI la 
• 't façade m'a déplu, les côtés me déplaisent bien davantage encore : 
« je ne puis comprendre comment, pourquoi, cette œuvre barbare 
" a pu trouver tant d'admirateurs ! J'entre, et mille détails confus, 
« maniérés, mal raisonnes : des femmes dont les mains cassées 
« dans leurs attaches crispent l'artiste qui les regarde, des mons- 
<i très, des chardons, des gargouilles, toute cette horde grotesque 
« me fait la grimace; tout cela est baroque, tout cela grouille et, 
« comme un charivari carnavalesque, fait un vacarme infernal aux 
«oreilles de la pure et chaste harmonie. i 

« Des lignes se heurtent, des formes les plus bizarres, les plus 
« disparates se brisent entre elles et se tordent comme les membres 
tt des malheureux jetés dans le lac de poix bouillante de l'Enfer 
it de Dante. Et c'est au milieu de ces choses épouvantables, de ces 
« horreurs souvent indécentes, qu'enfants on nous apprend à prier 
:«Dieu; ce Dieu si bon, nous dit-on, si plein de mansuétude et 
«d'amour. » Son jugement ne varie pas; qu'il s'agisse de Notre- 
Dame de Paris, de Saint-Ouen ou de Saint-Maclou de Rouen, de 
Notre-Dame de Chartres ou d'Amiens, aucun monument ne trouve 
grâce devant lui s'il est postérieur à la fin du douzième siècle ou 
antérieur au seizième. Ce n'est pas un parti pris, cela ressemble à 
une obsession. 



III 



Détaille moyenne, le front haut, les yeux d'une vivacité singu- 
lière, la volonté empreinte sur chacun de ses traits, tout en la 
personne d'Étex montrait qu'on se trouvait en face de quelqu'un. 

On a pu lui reprocher d'avoir un caractère difficile, une fran- 
chise brutale, exagération d'une qualité, et quelques animosités 



— 24 — 

aussi sincères que certains de ses griefs étaient fondés. Son carac-^ 
tère fougueux s'était lentement aigri ; il avait conscience de sa 
valeur et voyait les médiocres triompher; il s'était vu, en raison de 
sa supériorité, mettre à l'écart presque à partir de ses débuts; son 
succès lui avait créé deux sortes d'ennemis : ses camarades jaloux 
de son triomphe, et ses aînés qui assistaient avec appréhension à 
l'avènement d'un rival dangereux. 

Aussi, toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion, arguait-il de la 
légitime défense et usait-il de ce droit. Il avait conservé cepen- 
dant des amis bons et sûrs, Charlet entre autres, qui, dans une lettre 
datée del8M, appréciait ainsi son caractère... « Vous avez à mes 
K yeux et dans ma conscience et mon sentiment profond, bien 
K intime, bien indépendant, fait une des plus belles choses de la 
« sculpture moderne; votre Caïn est, à mon avis, une de vos meil- 
« leures productions; il y a du cœur et de l'âme,, mais je ne dois 
« pas exiger que vous soyez autrement que votre nature le veut, 
K vous avez les lignes du rageur, vous êtes l'homme à la boutade 
« comme à l'élan généreux, tout cela est écrit dans votre structure 
a et les lignes de votre face, et je m'y connais. » C'était bien là la 
vérité ; la dominante morale d'Etex était la générosité et le cœur, 
et son pire ennemi lui eût tendu la main qu'il l'eût acceptée sans 
arrière-pensée. 

Les jugements portés sur lui par ses amis ne différaient guère; 
voici des fragments de lettres : le premier de la grosse écriture de 
Dupont de l'Eure en 1835, où le célèbre homme politique montre 
en même temps des sentiments très flatteurs à l'endroit de celui 
qui les faisait naître, et donne carrière à son esprit caustique ; 
le second, du vieux peintre Granet, qui contient un jugement con- 
forme à ce qui vient d'être dit : « ...Vous savez que je ne suis pas 
« très empressé d'assisjer à l'ouverture de la session législative, dit 
« Dupont de l'Eure, et que je suis homme à ne me rendre à la 
(c Chambre que le plus tard possible. Pourtant, si quelque chose 
K peut me consoler des dégoûts que j'y éprouverai, c'est le plaisir 
K de révoir quelques amis, parmi lesquels je prends la liberté 
« de vous compter, et d'assister aux aimables soirées de là rue de 
«l'Ouest, soirées que je préfère beaucoup aux bruyantes assem- 
tt blées du Palais-Bourbon. 

« Je voudrais bien que vous pussiez demander à M. Thiers ce 



« qu'il pense de la brochure de M. Capefigue, si impertinente pour 
« lui, surtout si l'auteur a été inspiré par MM. Guizot et de Broglie. 
« Le petit ministre, quelle que soit sa suffisance, doit se sentir bien 
" humilié du rôle qu'on lui a fait jouer et qu'on lui reproche avec 
Il mépris. Il faut être descendu bien bas poiir garder le pouvoir à 
>■<■ ce prix! et quel pauvre rhéteur que celui qui n'a que de vaines 
't paroles à opposer à d'aussi accablantes accusations! 

« Adieu, Monsieur, portez-vous bien et vivez heureux et indé- 
« pendant dans votre atelier et au milieu de vos amis; cela vaut 
« mieux que d'être député et même ministre. » 

Celle de Granet est à peu près de la même époque; la voici : 

« Bon voisin, je vous remercie de votre souvenir, votre petite 
a lettre m'a confirmé que vous êtes un homme de cœur, l'on est 
('. bien heureux d'en rencontrer dans le siècle où nous vivons, 
il gardez bien précieusement cette rare qualité. Du talent et du 
u cœur, voilà, mes amis, voilà ceux que j'aime et avec qui je 
^i désire passer le reste de ma vie. Toute autre réunion n'a plus 
c de charme pour moi. Causer simplement de notre bel art avec 
tt des hommes tels que vous, voilà la seule chose qui peut me dis- 
« traire de tous mes malheurs... » 

Ses relations avec d'autres de ses confrères étaient moins cor- 
diales; en 1855, David d'Angers et Pradier lui ayant conseillé de se 
présenter à l'Institut, il alla trouver un sculpteur que nous ne 
nommerons pas, pour lui demander sa voix, suivant l'usage. Il 
croyait trouver un camarade, et voici la réponse qu'il obtint: «Nous 
ne sommes pas républicains à l'Institut. Puis j'ai mes élèves. « 

Cette tentative le guérit à jamais de l'envie de faire partie de 
l'Académie des Beaux-Arts, 

« Le courageux et infatigable Etex » , pour employer une expres- 
sion de David d'Angers, continuait malgré tout à enfanter des 
œuvres; mais il était capable par sa belle indépendance de compro- 
mettre avec une vérité dite un peu haut les avantages acquis en 
une année de travail assidu. En 1834, invité à un bal à l'Hôtel de 
ville, AI. de Montalivet, qui s'intéressa toujours beaucoup à lui, le 
présenta au duc d'Orléans comme le futur auteur de son buste, 
dont on n'avait pu encore lui faire accepter la commande. 

Sincèrement il répondit qu'en effet on lui avait proposé ce tra- 
vail, mais qu'il n'avait pas accepté. " Pourquoi? ^ répondit le 



— 26 — 

prince surpris et peu habitué à une pareille franchise. « Parce 
que les princes né posent pas. Ensuite, pour uti ai-tiste, des séances 
ailleurs qu'à son atelier, des allées et venues, des difficultés sans 
nombre, l'empêchent de faire un bon travail. C'est pourquoi j'ai 
refusé cet honneur. » Mais, répondit le prince, «je vous promets de 
poser, et je vous donnerai tout le temps qui vous sera nécessaire 
pour faire uri bon travail. Dites-moi votre jour, votre heure, et je 
serai à votre atelier. » 

Ayant dans la Suite désire faire le buste de Berryer, il s'en alla à 
Angerville travailler dans des conditions qu'il n'acceptait pas aux 
Tuileries; non qu'il eût changé d'avis : il trouvait tout naturel de 
faire par déférence pour lïn grand talent ce qu'il refusait à l'éti- 
<{uette de la cour. ■ 

« Vous voulez bien, écrivait le grand orateur, ajouter un grand 
<i honneur à celui qu'on accorde à ma vieillesse. Me voici devenu 
^i cependant un sujet peu digne de votre talent; mais comment 
i^ me refuserais-jé à la proposition qiie vous voulez bien me faire... 
«je suis charmé de vous recevoir; votre vie, cloîtrée comme vous 
^i le dites, ne m'a pas privé de connaître vos ouvrages, et j'ai 
a. désiré une occasion de vous rencontrer. Les quelques jours que 
« vous voulez bien passer ici me laisseront un excellent souvenir 
<t et les libres allures de la causerie au coin du feu vous feront 
-.(découvrir pour ma vieille tête une attitude moins compassée 
^' que celle d'un homme qui pose dans un atelier... » 

Malgré la cordialité de ses rapports avec la famille royale, Etex 
ne se sentait pas taillé pour remplir d'une façon quelconque le rôle 
<le courtisan ; on voit par ce qui précède qu'il s'en serait mal acquitté. 

A un dîner auquel il assistait à Compiègne, il fait la remarque 
•suivante : « Au dîner, le duc d'Orléans était en uniforme de général, 
-i< le duc de Nemours en colonel de lanciers. 11 y avait parmi les 
o( invités des militaires à moustaches blanches, de vieux généraux. 
■« Je ne puis cacher la pénible impression que je ressentis en 
■it voyant ces vieux grognards s'aplatir devant ces tout jeunes gens, 
it dont l'aîné n'avait pas vingt ans et le plus jeune seize ou dix- 
« sept au plus, jj 

Il avait joué un rôle dans la révolution de 1830 : il fut du 
î^ombre de ceux à qui celle de 1848 avait fait concevoir les plus 
prestigieux espoirs; dès le début des événements de Février, il 



— 27 — 

abandonna tout pour se consacrer à la cause' de V ordre et delà 
liberté, comme on disait en ce temps; mais, malgré ses espoirs, 
il avait déjà l'expérience de ce qui s'était passé en juillet 1830 : 
«J'étais inquiet, car bien que j'aie toute ma vie marché avec les plus 
avancés, j'ai plutôt été un évolulionnaire qu'un révolutionnaire, 
plutôt un constructeur qu'un démolisseur. 5) L'histoire de cette 
époque de sa vie serait trop longue. Candidat à la députation sur 
le conseil de Crémieux, il échoua avec 23,000 suffrages ; il en 
aurait eu besoin de 100,000 pour posséder la majorité. C'était un 
échec de plus dans sa carrière, et non le plus regrettable; eùt-il 
même eu l'occasion de faire servir sa bonne volonté au bien public, 
son rôle élait bien plus utile dans le recueillement de son atelier, 
au milieu de ses travaux habituels. C'est ce que les événements lui 
firent comprendre; s'étant pris d'amitié pour le général Cavaignac, 
qu'il avait eu l'occasion de voir de près, il voulut par considération 
pour son caractère laisser son buste à la postérité. Le général lui 
répondit avec humour : « Il n'y a pas trop à se fâcher contre les 
gens qui nous reprochent de rester les mêmes. C'est un bon 
défaut. — Quant à la postérité dont vous parlez, je vois que vous 
affrontez résolument le grenier où le modèle (entraînera son peintre. 
Va donc pour le marbre, mais il est bien convenu que vous en 
testerez possesseur, -d 

N'ayant jamais appris à dissimuler ni sa pensée, ni ses senti- 
ments, à cause de ses idées libérales, de ses relations avec les per- 
sonnalités les plus avancées du parti, ses amis eurent à craindre 
plusieurs fois qu'il ne fût inquiété; dans sa correspondance, il 
existe encore une carte que M. Hippolyle Carnot déposa chez lui et 
où il écrivit au crayon : « Serait-i! vrai, comme on le dit, que vous 
avez reçu un ordre d'exil? J'espère qu'il n'en est rien. « 
■ Ses affaires l'avaient appelé à Londres, où, à bout de ressources, 
•il avait tenté une vente publique qui ne réussit pas. 

Il se trouva amené à fréquenter les réfugiés politiques, singu- 
lier milieu, si l'on en croit les notes qu'il a laissées sur sa vie. 
a Quand je me trouvais avec l'un d'eux, il me disait de l'autre : 
K Défiez-vous d'un tel, c'est un mouchard •>-, et ainsi de tous, n A son 
retour, un ami qu'il avait vu au ministère lui disait : « Si vous 
saviez dans quel nid de vipères vous vivez quand ^vous êtes à 
Londres! Je viens de lire tout ce que vous avez fait et dit depuis 



— 28 — 

rôtre départ de Paris. Si vous lisiez les noms, es signatures, vous^ 
seriez bien étonné. » 

■ C'est à cette époque qu'Étex fit le buste de Proudhon, à qui il; 
adressait une lettre dont voici la copie; elle montre quelles ilIu.T 
sionS il nourrissait alors : ; 

tt Citoyen, je suis heureux et fier de m'associer à votre œuvre 
« régénératrice. Propriétaire et père de famille, je ne serai pas 
" «uspect en vous apportant ma part de dévouement, mon nom 
u pur de toute souillure. Oui, je le soutiens avec vous, toute pro- 
« priété qui n'est pas le fruit du travail de celui qui la possède est 
« un vol fait à la société. 

, « 93 a détruit l'orgueilleuse noblesse, 1830 a été escamoté par 
tt Louis-Philippe au profit des intrigants; 184:8 détrônera à 
«jamais, je l'espère, la honteuse influence de l'argent, 
i « Nos filles à marier ne seront plus cotées comme les actions 
:t'- des. chemina de fer à la Bourse. Dieu soit loué! Salut et frater- 
« nité. 

-, K Etex. » 

. Cette lettre eut pour résultat de le faire poursuivre ; il se défendit 
lui-même et fut acquitté à une vojx de majorité. 

11 avait entrepris le buste de Proudhon, qui, exposé en Angle- 
terre, produisit un effet auquel son auteur ne s'attendait pas : un 
lord Anglais lui fit des propositions d'achat, pour avoir le plaisir 
de le briser. Du reste, le modèle lui-même ne prenait pas grand 
plaisir à contempler son effigie, car voici un extrait d'une lettre 
qu'il écrivait en janvier 1851 de la Conciergerie, où il venait d'êtr^ 
interné : 

tt Que faites- vous vous-même? où êtes-vous? après avoir fait de 
«la grande sculpture et vous être essayé dans la peinture révo- 
it lutionnaire, vous voilà devenu professeur de dessin et auteur. 
« Ou vous arrôlerez-vous? Quels sont vos plans? avez-vous envoyé 
"quelque chose d'important à l'Ejtposition? J'entends dire que 
«vous n'avez pas craint, d'y étaler mon ingrate figure, ce qui 
« attire à l'original, dont l'amour-propre s'en rit, et à l'artiste, 
« qui n'en peut mais^ force critiques désobligeantes. Mon cher 
« sculpteur, ce n'est pas le tout de savoir pétrir l'argile et tailler 
-.tt le marbre : il faut encore, vous le voyez, choisir drs sujets qui 



— 29 — 

a soient agréables au public. Le président de la République n'est 
«pas plus beau que moi, ce qui veut dire qu'il est fort laid .: 
a envoyez son buste à l'Exposition, je suis sûr qu'il trouvera des 
« admirateurs. Depuis huit jours le troupeau a dû s'en multiplier 
" prodigieusement. Le National même n'a pu lui refuser le tribut 
«de son admiration. Mon cher Etex, vous avez assez soufl'ert 
a comme cela de ma rencontre dans le monde; faites-moi le 
« plaisir d'aller prendre ce maudit plaire, que je vous deman- 
tt derai quelque jour, si, jamais rendu à la liberté, je puis con- 
'< quérir pour moi et les miens, par mon travail, un peu d'aisance 
tt et récompenser votre zèle pour ma renommée. Otez-le de là, 
tt vous dis-je : sinon, je vous en préviens, je sollicite une permis- 
tt sion de sortie, et j'irai moi-même gratter avec mon couteau nez, 
« œil, bouche, front, tout ce qui enfin pourra me faire recon- 
« naître, jusqu'au nom et au numéro. Donnez, je vous prie, à ma 
« modestie ou, si vous aimez mieux, à ma captivité, à qui la 
« modestie seule peut convenir, cette petite satisfaction. Vous 
:t obligerez essentiellement celui qui, à l'estime la plus sincère, 
« joint la sympathie et la reconnaissance la plus vive. 

a P.-J. PrOUDHON. n 

Bien qu'un peu longue, cette lettre méritait à plusieurs titres de 
prendre place ici ; elle montre sous un aspect plaisant et presque 
enjoué le célèbre publiciste dont le buste n'a pas été détruit : un 
exemplaire en marbre existe encore; il est en la possession de la 
famille du statuaire. 

L'Empereur n'ignorait paslessentiments très républicains d'Etex 5 
malgré le rôle qu'il avait joué, et un peu malgré lui, il le fit inviter 
à venir le trouver au palais de Saint-Cloud, le chargea de la défense 
des intérêts menacés des artistes français exposants à New-York, 
en 18.55. Etex effectua le voyage d'Amérique; ses négociations 
furent couronnées de succès, mais il rapporta une désillusion de 
plus : la république des États-Unis n'était pas la république 
modèle qu'il espérait voir. Comme il faisait part de cette impres- 
sion peu favorable à i\I. Chevreul, qui lui demandait son avis sur ce 
qu'ilavaitvu, l'illustre vieillard dit : «C'estbien cela, c'est l'impres- 
sion que Volney m'a rapportée dans le temps à son retour d'Amé- 
rique. » 



-^ 30 — 

Etex était tout préparé pour devenir un adepte des systèmçïs 
philosophiques qui eurent tant de vogue au milieu du siècle. En 
relations suivies avec Enfantin et les saint-simoniens, après 1848 
il crut à l'avenir du culte de l'humaiiité, la nouvelle philosophie 
positiviste imaginée par Auguste Comte, esprit fort savant et fort 
éclairé; quelque temps ilcompta parmi les plus fidèles disciples 
du maître; un jour vint où avec amertume il constata encore une 
fois que là n'était pas l'avenir. « Je m'aperçus que, mis à l'épreuve 
" dans plusieurs circonstances décisives, les amis de l'humanité, 
tt dont la devise capitale était de vivre pour autrui, s'occupaient 
« de vivre beaucoup pour eux-mêmes, y compris le maître. Aussi, 
a après avoir laissé de ma laine après ce nouveau buisson, j'écrivis 
ft à Auguste Comte que sa religion sans Dieu nie paraissait impos- 
« sible, mais que je lui serais toujours reconnaissant de m'avoir 
« mis scientifiquement sur la route du progrès par l'ordre dans 
ce l'humanité. » ^ 

Plus tard, au moment de son troisième voyage en Italie (1862), 
séduit autant par la fine et sereine bonhomie du pape Pie IX que 
frappé du mérite de ceux qui l'entouraient, il se reprit à penser 
qu'en fait de croyances, l'Evangile et le christianisme étaient 
l'expression la plus haute, la plus vraie et la plus humaine de la 
philosophie et de la morale. . 

Ce retour aux croyances de son enfance était dû en partie, il faut 
le constater, au violent polémiste Louis Veuillot, qu'il connais- 
sait depuis longtemps, avec lequel il séjourna quelque temps à 
Rome et qui faisait le plus grand cas de lui, ainsi que le prouve cet 
extrait d'une de ses lettres : « ...Je m'embarquerai le premier 
« lundi de mai. Impossible d'être prêt plus tôt. D'ici là vous aurez 
" vu tout ce que vous voulez revoir; vous préparerez ainsi la leçon 
« que vous nie donnerez. Quelle fête de vous entendre expliquer 
tt ces merveilles et de prier le bon Dieu pour se remettre qn haleine ! 
« Votre présence ne me donnera pas seulement des oreilles, elle 
" me donnera aussi désidées. Je verrai mieux m« Rome en élu- 
a diant la vôtre, et je vous payerai en millionnaire avec vos fonds. 
« Je vous remercie de songer à mon. logement. J'en ai un. 
te Mgr de Moulins me recevra dans sa vaste tente de la piazza 
tt Navonà. Cela était entendu dès avant mon départ et c'est méine 
« ce qui m'a décidé, car autrement la route eût été un peu, longue 



^ 31 ^ 

'c pour un journaliste à pied. Un des élranges malheurs de ma- 
■-<■ situation est d'être obligé de faire une certaine ligure. Une man" 
>i sarde et la /r«^;o?*a m'iraient mieux (ju'un palais, mais j'aurais 
i l'air de Bélisaire, on jetterait des sous dans ma casquette. Vous 
u verrez que j'ai mes raisons pour ne pas m'exposcr à cela. J'ai eu 
« le plaisir de donner de vos nouvelles à M. l'abbé G***, qui vous- 
.1 est toujours fort attaché et qui lit avec grand plaisir vos cours, où 
« il retrouve son hompie, l'ancien et le nouveau. Malgré mes occu- 
u palions,je me donne le même passe-temps, et il me plaît fort. « 
Artiste au fond de l'àme, impressionnable à l'excès, très prime- 
sautier, sa première idée, son premier mouvement, sa première- 
pensée étaient les meilleurs. 

Jamais il ne manqua, lorsque l'occasion s'en présentait, de- 
payer de sa personne. C'est lui qui, passant un jour dans le cime- 
tière du Père-Lachaise, voit une tombe abandonnée; il s'informe; 
apprend qu'il est devant la sépulture du grand peintre Géricault, 
Emu, indigné, il court trouver les anciens amis du peintre, ras- 
semble des souscripteurs, niais non des souscriptions, fait décider 
un concours, y expose, est choisi premier, et finit par exécuter le 
monument presque entièrement à ses frais. 

Ce monument, dont le marbre de mauvaise qualité âe détruisait 
rapidement, fut déposé au musée de Rouen, où il est encore; Etex 
toujours à ses frais, remplace ce tombeau par une stèle de sa com- 
position, actuellement au musée Carnavalet. , 'En vertu du testa- 
ment d'un fils naturel de Géricault, une somme de 50,000 francs 
était attribuée à l'embellissement du tombeau du grand peintre. Le 
vieil artiste reprit son œuvre primitive- et dépensa consciencieu- 
sement la somme laissée parle testateur, employant à faire à l'âge 
de soixante-dix-sept ans un pèlerinage en Grèce avec le produit 
^i'un legs particulier qui lui était échu en même temps. 

Rempli d'admiration pour Balzac, il fut le premier, peu de 
temps après la mort du grand romancier, à émettre l'idée d'un 
monument que l'auteur de la Comédie humaine attend encore. 
- Alexandre Dumas, dont le cœur généreux était fait pour répondre 
aux élans de celui d'Étex, lui écrivait à ce propos : «iChcr ami, jfc 
reçois votre lettre à l'instant, c'est-à-dire à six heures de l'après- 
midi. — Impossible demain, mon cher; je vais tuer des lapins ii- 
Bondy, samedi, dimanche, lundi ou mardi! 



-^ 32 — 

« Je mets demain dans le journal votre ofTre à propos de Balzac. 
Votre, etc. 

« A. Dumas. » 

Fidèle à ses affections, il avait provoqué également, de concert 
,avec quelques-uns de ses camarades d'atelier, l'érection d'un tom- 
beau à Pradier : le projet dont il est l'auteur devait être entiè- 
rement exécuté par les anciens élèves du maître et les frais cou- 
verts par eux. Cette généreuse initiative n'aboutit pas, par suite de 
la mauvaise volonté de celui qui prétendait représenter les intérêts 
de la famille. 

Toujours soucieux de remplir un rôle utile, resté à Paris 
pendant le siège, il fut l'un des premiers à se proposer au gou- 
vernement de la Défense nationale pour essayer de partir dans 
yn des premiers ballons, seul moyen de communication avec la 
province resté à la disposition des malheureux assiégés. En raison 
de son âge, sa généreuse proposition ne fut pas acceptée; il orga- 
nisa alors un bataillon de vétérans volontaires, dont le rôle devait 
être de contribuer à maintenir l'ordre dans les rues de Paris et de 
faire le service intérieur, dévolu en temps ordinaire à l'armée, 
retenue aux postes de combat. 

Aigri par de longues années de luttes, mais non pas découragé, 
mécontent du silence injuste et immérité qui peu à peu se faisait 
autour de son nom, ses boutades, dont parlait Charlet en 18M, 
n'avaient rien perdu de leur virulence ; parfois il formulait des 
jugements assez durs pour ses contemporains, avec une sévérité 
plus apparente que réelle.; 

Etex connut d'autres chagrins d'un ordre plus cuisant que ceux 
de sa vie d'artiste; marié dès 1833, ayant eu deux filles et un fils, 
en 1867 la fièvre pernicieuse lui enleva ce fils unique, alors lieute- 
nant d'artillerie de marine en résidence à Saigon. Il ne laisse par 
conséquent aucun héritier à qui il puisse transmettre le nom célèbre 
que, son frère Jules, mort célibataire une année après lui, fut le 
dernier à porter. Il appartient à la postérité de conserver précieu- 
sement le souvenir de l'éminent sculpteur que l'indifférence vint 
atteindre à la fin de sa longue carrière; nommé en 1841 chevalier 
de la Légion d'honneur, quarante-sept ans après, le 13 juillet 
1888, il mourait avec le même grade, miné depuis plusieurs années 



— 33 — 

parles ennuis et les difGcultés qu'il lenconira lorsqu'il entreprit 
l'exécution du monument de Garibaldi à Nice. 

L'année même de sa mort, le conseil municipal de Paris, pour 
honorer un nom justement célèbre et en perpétuer le souvenir, 
donna le nom d'Etex à l'une des rues de la capitale. 

C'est le même sentiment qui nous a incité à entreprendre cette 
modeste et courte étude; elle constitue un bien faible hommage à 
une mémoire qu'il nous appartient de conserver; il est vrai, l'oubli 
ne saurait l'atteindre, le marbre et la pierre défient pendant de 
longs siècles le travail du temps lui-même; c'est néanmoins avec 
une douce satisfaction que nous voyons inscrit ce nom sur chacun 
de ces feuillets. Peut-être cette tentative, à peine une ébauche, 
fera-t-elle naître la pensée à d'autres qu'à nous, plus compétents 
et plus sûrs d'eux-mêmes, de faire une autre étude digne du sujet. 
C'est notre espoir, c'est aussi notre but; puisse-t-il se réaliser 
bientôt. 



PIECES JUSTIFICATIVES 

AXTOIIVE ÉTEX. STATUAIRE, PEINTRE ET ARCHITECTE 

1808-1888 

CATALOGUE DE l'oEUVRE DE i/aRTISTE. 

1" Sculpture. 

1830 

Hyacinthe frappé mortellement par le palet d'Apollon. Second grand 
prix de Rome (commandé en bronze par le baron Turpin de Crissé). 

Léda et le Cygne, groupe exposé au Salon de 1835. (Ce groupe ori- 
ginal est de grandeur nature; l'artiste en lit dans la suite trois répétitions 
de différentes dimensions, dont une en marbre, les deux autres en bronze.) 

1S32 
Portrait de Melloni, médaillon. 

1833 
Cam et sa race maudits de Dieu, groupe en pUUrc, exécuté à Home et 



— 34 - 

exposé au Salon de la même année (médaille de 1" classe) et réexposé en 
marbre au Salon de 1839. 

Porlrait à^ Albert Lenoir, médaille bronze. 

1834-1835 

La Résistance, la Paix, trophées colossaux à TArc de triomphe de 
l'Étoile. 

Françoise de Rimini et Paolo Malalesta, bas-relief marbre. Salon 
de 1835. 

Buste de Mme Taslu, marbre, Salon 1834. 

Buste de M. Ch. Lenormant, marbre, Salon 1834. 

Buste de Jeune homme, marbre. Salon 1835. 

Buste de Mme Ch. Lenormant, marbre, Salon 1835. 

Buste du docteur Rostan, marbre. Salon 1835. 

1836 

Buste en marbre de M. Thiers^. 

Sainte Geneviève, statue en marbre exposée au Salon l'année suivante, 
à Clamecy. 

1837 

Blanche de Castille, statue marbre au muses de Versailles, exposée au 
Salon de 1838. 

Buste de Dupont de l'Eure, marbre, exposé au Salon de 1838. 

1838 

Saint Augustin, statue colossale pour l'église de la Madeleine. 
Damalis, statue marbre, Salon de 1838. 

1840 

Monument du maréchal Fahert , à Metz, commandé en marbre 
en 1848. 

La ville de Paris implorant Dieu pour les victimes du choléra, marbre 
exposé en 1852 (à l'hôpital Lariboisière). 

Buste à' Alfred de Vigny, marbre*. 

Charlemagne, statue colossale pour la Chambre des pairs. 

Buste de Charlet, marbre. 

' Refusé par le jury du Salon de 1837. 
2 Refusé par le juryalu Salon de 1840. 



— 35 — 

1841 

» Tombeau de Géricault, au Père-Lachaise. La statue fut exposée au 
Salon de la mêtue année. 

Buste de M. E. Garcia, marbre. Salon. 
Wasia à' Alfred de Vigny, Salon 1841. 

1843 

Statue de Rossini, pour le théâtre de l'Opéra; celte statue fut brûlée 
dans l'incendie de 1873. 

Buste en marbre de M. S. Vitet. 
Buste en marbre de Mme Vitet. 
Buste de Mme Napoléon Duchâtel. 

1844 

Buste de S. A. R. duc d'Orléans, marbre, Salon. 
Buste de M. Odilon Barrot, marbre, Salon. 
Buste de M. Sapcy , marbre, Salon. 
Buste de M. Ad. B..., marbre, Salon. 

1845 

Buste de Mme Barrot. 

Buste de Pierre Leroux. 

Héro et Léandre, groupe marbre, Salon. 

Buste de M. le général Pajol, marbre, Salon. 

Buste de M. le vicomte d'Abancourt, marbre. Salon. 

Buste du sculpteur Bartolini, h l'église Santa Croce, à Florence. 

Statue de M. le chancelier prince Lebrun. 

1847 

Buste de Chateaubriand^ marbre. 
Buste de M. de Rémusat. 
Buste de Vivien. 
Busle d'Ernest Pelet, marbre. 

1848 
Projet de monument pour Mgr Affre. 

1849 
Buste de M. Philips. 



— ou 



1850 



Statue de Nyssia, marbre, Musée de Caen. 

Olympia abandonnée dans l'île d'Ebride\ marbre, palais de Trianon. 

Statue de la Jeune Héro, marbre. 

1851 

Buste de Proudhon, Salon, exposé année 1867. 
Buste à^ Auguste Comte, marbre. 

1852 

Le Dévouement, groupe plâtre, Salon de 1853, exécuté en marbre en 
1859, Exposition universelle de 1867, au parc de Montsouris. 
Statue du général Lecourbe, bronze, Lons-le-Saunier. 
Monument de Vauban, Hôtel des Invalides. 

1853 

Tombeau de Pradier, exquisse plâtre. Salon. 

Portrait de M. le baron C/iaillou des Barres, buste bronze, Salon., 

L'Amour filial. 

Tombeau de la famille Raspail, cimetière du Père-Lachaise. 

Buste de feu M. Vieillard, marbre, exposé au Salon de 1859. 

1855 

Portrait de M. Pierce, président des États-Unis d'Amérique, buste plâtre. 
Portrait de M. Benton, sénateur des Etats-Unis d'Amérique, médaillon. 
Portrait de Mistress Frémont, médaille. 

1856 
Le Christ à la colonne, ronde bosse, église Saint-Eustache, Paris. 

1857 

Monument de l'archevêque de Paris Mgr Affre^ bronze. 
Augustin Thierry, buste marbre pour la Bibliothèque nationale, 
exposé au Salon. 

Virginie, buste marbre, Salon. 

' Cette statue, exécutée en 1842, représentait, à l'origine, la Pologne enchaînée 
implorant ses libérateurs. Par ordre administratif, elle fut transformée en 
Olympia; c'est ainsi qu'elle figura au Salon. 



Mme Math'dde Gainbardi, l)usle plaire. 
Stalue de saint Louis, ù la barrière du Trône. 

1858 
Polirait de Forster, graveur, médaillon bronze. 

1859 

La Douleur maternelle, groupe marbre, au Salon. 

Paris, slatue marbre, cour du Louvre. 

Hélène, slatue marbre, cour du Louvre. 

Pierre Puget, slatue pierre, au nouveau Louvre. 

E. Cavaicjnac, busle marbre, au Salon. 

Portrait de Mme Vanden Heuven (Caroline Dupreij), busle marbre, au 
Salon. 

Portrait de Mme Judith Gauthier, busle marbre, Salon. 

Statue du général Lecourbe, à Lons-le-Saunier, slatue et bas-relief 
bronze. 

1860 
Esquisse du Monument de François P', pour Cognac. 

1861 

Tombeau du poète Brizeux, cimetière de Lorient. 
Tombeau de Félix Liouville, cimetière du Pèie-Lachaise. 
Le Génie du XTX" siècle, projet de fontaine monumentale destinée h 
décorer l'extrémité de l'avenue de l'impératrice. 

L'Amour piqué par une abeille, groupe marbre, Salon. 
Félix Liouville, avocat, buste marbre. Salon. 
M. Martinet, buste marbre, Salon. 
M. E. Chevé, buste plâtre. Salon. 

1862 

Busle de S. S. le pape Pie IX, marbre. 

Busle du cardinal Antonelli, marbre, Salon de 1867, E. V. 

Buste de Mgr de Mérode, marbre. Salon de 1867, E. V. 

Buste de Mgr de Dreux-Brézé, marbre. 

Zouave pontifical, slaluelte plâtre. 

1863 

Saint Benoit se roulant sur les épines, statue marbre, musée du 
Luxembourg, exposée au Salon de 1865. 



— 38 — 



1864 



La Vierge immaculée, slatuc marbre. 

Portrait de il/. Louis Veuillol, buste marbre, exposé 1867, E.V. 

Monument de François P% h Cognac. 

1865 

Le Bonheur maternel, groupe marbre (musée de Poitiers), Salon 1866. 

La Madeleine, statue marbre. 

Portrait à'Eug. Delacroix, buste marbre, exposé au Salon. 

1867 

Bacchus et Ino, groupe marbre, E. V. 

Portrait à^ Auguste Comte, buste marbre. 

Portrait de Lahlache, buste marbre, Salon. 

Portrait du général Pâle, buste plâtre. 

Marie-Joseph Chénier, buste marbre, Comédie-Française. 

1868 

Portrait de Berryer, buste marbre, Salon. 

Projet d'un monument pour le Pérou. 

Statue du maréchal Masséna, exposée au Salon ds 1870. 

1869 

Monument de S.-A.-D. Ingres. 
Statue de Ingres, modèle plâtre, Salon, 
Apothéose d'Homère, bas-relief plâtre, Salon. 
Buste de M. F. de Lesseps, marbre. Salon. 

1870 
Une captive, bas-relief pierre, au Salon. 

1871 

Buste de il/. Solacroup, dii'ecteurdu chemin de fer d'Orléans, marbre. 
Danaé, bas-relief marbre. Salon de 1872. 
Portrait d'Arnaud de l'Ariège, buste marbre. 

1872 
Buste de M. de Franqueville, marbre. 



— 30 — 



1873 



Pierre Leroiix, buste lonle, Salon. 
Général Clianzy, buste bronze. Salon. 
Jupiter et Danaé, bas-relief, marbre. 

1874 

Enfant endormi, statue marbre, Salon. 
Joseph expliquant les som/es à ses frères, bas-relief pierre. 
Tombeau du peintre Théodore d'Aligny, cimetière du Montpar- 
nasse. 

Tombeau de François Huet, cimetière du Monfparnasse. 

1875 
Suzanne surprise au bain, statue marbre. 

1876 

Chateaubriand, buste plâtre, au Salon. (Ce buste fut exécuté en 1847.) 
Portrait de M. Marinoni, buste marbre. 

1882 

Portrait à' Alphonse Karr, médaillon plâtre. 
Portrait de Disdéri, médaillon plâtre. 
Buste de Victor Schœlcher, buste bronze. 

1884 

Daphnis et Chloé, groupe marbre, exposé au Salon. 
Médaillon de Millière, exposé au Salon. 

188G 

Monument du colonel Hcrbinger, bronze cl pierre, au cimetière du 
Montparnasse. 

1888 

Projet du monument de Garibaldi, à Nice. De nombreux médaillons et 
bustes complètent l'œuvie statuaire d'A. Ktex. Pour la plupart, le manque 
de date nous oblige à en dress:>r purement et simpljmcnl la listi>; liste 
incomplète, puisque plusieurs n'existant qu'à un seul exemplaire en la 
possession de la famille du modèle, certains de ct'ux-ci p;'uvent nous avoir 
échappe. 



— 40 - 



BUSTES 



Frédéric Sauvage, Alexandre Dumas père, de Rémusat, Lamhert- 
hey, M. Hess, M. Thiers, Alfred de Vigny, Philips, Louis Blanc, 
M. N. Duchâlel, Uitet, Louis Jourdan. 

MÉDAILLONS 

Paul Albert, G. -G. Ampère, Mme Calamalta née Raoul-Rochelle, 
Ph. Bergeau, Hippolyte Carnol, Mme Claire Carnot, E. Char Ion, 
Général baron de Charelle, Corol, Corot père, Anl. Deschamps, Dupin 
père, Docteur Paul Dubois, H. Forloul, Paul de Flotte, Jean Gournet, 
P. Lhuillier, Liszt, Mme Cécile Liouville, Savinien Lapoinle, Mme Anna 
Veyret, Célestin Nanteuil, Perthuisct, Levraud, Ledru-Rollin, Caussi- 
dière, Martin Bernard. 

1° Peinture. 

1828 

Baigneuse, élude demi-nature, exposée à l'exposilion faile au profil des 
Grecs au moment de la guerre de l'indépendance. 

1831 

Femme de la campagne romaine (appartient à M. Eugène Guillaume, 
statuaire), exposé en 1853. 

Les Médias à Florence, exposés en 1862, musée de Montauhan 
(nombreuses éludes, peintures et aquarelles rapporlées d'Italie et d'Algérie 
à celle époque). 

Flore, copie d'après le Titien. 

1841 

Portrait de Mme X.. . avec son enfant. Salon de 1859. 

1844 

Martyre de saint Sébastien, Salon 1844 (au musée de Rouen). 
Joseph expliquant les songes à ses frères. Salon 1844. Appartient à 
Mme Aubry, née Vitet. 

1845 

La Délivrance, mort du prolétaire. Salon (musée de Lyon). 

1847 
Portrait de Mlle Nissen, cantatrice, Suédoise, 



— 41 — 

Portrait de Chateaubriand. 

Chateaubriand méditant les « Mémoires d outre-tombe » . 

1850 

La petite Glaneuse. 

La petite Gitana, gravés dans V Artiste. 

1853 

Eurydice, nymphe de Diane, exposé en 1855. E. V., au musée du 
Luxembourg. 

La Gloire des Etats-Unis (il existe de ce tableau de grandes dimen- 
sions trois répétitions réduites). 

1857 

Isaac bénissant son fils Jacob, Salon 1857. 

Danaé, Salon 1857, 

L'Asie, panneau décoratif, Salon de 1857. 

1859 

Le Christ prêchant sur le lac de Génésarelh, Salon 1859. 

Le Printemps jl'E té, l' Automne, l' Hiver, pa.nnea.us.décovaii[s,?>a\on 1859. 

L'Europe, l'Afrique, panneau décoratif, Salon 1859. 

Portrait de M. Cambardi, du théâtre Italien, Salon 1859. 

1861 

Portrait de Mme X..., Salon de 1861. 
Portrait de M. C. M..., Salon de 1861. 

1864 

Les deux fils de Joseph bénis par Jacob dans le palais de Pharaon, 
Salon de 1864. 

La Fuite en Egypte, repos de la sainte Famille, Salon 1864. 

1865 

V Esclave antique. Salon de 1865. 
L'Esclave moderne, Salon de 1865. 

Les Martyrs japonais, peinture décorative pour l'abside de la chapelle 
des Pères Franciscains, faubourg Saint-Jacques, à Paris. 

Vers 186H 
Le Christ en croix, afiat voluntas tua », Salon 1885. 



Le môme, réduction. - 

Prométhée attaché au rocher. 

1869 
Eve. 
La Gloire des Etats-Unis, exposé au Salon de 1885. 

1877 

Portrait de l'auteur, musée de Versailles. 

(11 existe en outre de nombreuses exquisses et études non datées qui sont 
restées la propriété de la famille.) 

'^"Architecture. — Gravure. 
1839 
Cinq projets d'un monument de la Vapeur, pour la place de l'Europe. 

1848 

Projet du monument pour l'archevêque de Paris Mgr Affre. (Voir Sculp- 
ture.) 

Projet du monument de la révolution de Février. 

1852 

Monument de Vauban aux Invalides. [\So\v Sculpture?) 
Tombeau de la famille Raspail au cimetière du Père-Lachaise. (Voir 
Sculpture.) 

Tombeau de M. Schœlcher. 
Tombeau de Dornès. 
Tombeau d'Armand Marrast. 

1858 

Neuf projets (publiés par la Revue municipale) comprenant un 
ensemble d'édifices à construire. - 

Esplanade des Invalides, Champ de Mars, Trocadéro, etc. 

1860 
Projet pour une école de natation. Salon de 1860. 

1861 

Tombeau du poète Brizeux à Lorient, (Voir Sculpture.) 
Tombeau de la famille Liouville au cimetière du Père-Lachaise. 
(Voir Sculpture.) 



— 43 - 

Projet pour la reconslruclion de l'Opéra, Salon 1861. 
Projet de fontaine monumentale, Salon 18G1. 

1864 

Avant-projet d'une église des Sept Pécliés capitaux (sic) et des Sept 
Sacrements. 

Monument de François I" à Cognac. (Voir Sculpture.) 

1874 

Monument du peintre Caruel d'Aligny au cimetière du Montparnasse. 

(Voir Sculpture.) 

Tombeau de François Huet, cimetière du Montparnasse. (Voir Sculp- 
ture.) 

Projet pour le concours de l'église du Sacré-Cœur à Montmartre. 

4" Eaux-fortes de ses principales œuvres. 

Episodes de la vie de Henri IV. (Pour le monument projeté à Pau.) 

1847 
Statue de Rossini h l'Opéra. 

Groupe de Caïn. 

La Grèce tragique, recueil de 40 planches gravées à Teau-forte et 
destinées à accompagner la traduction en vers du Théâtre grec par Léon 
Halévy. 

La Divine Comédie du Dante, suite de dessins gravés sur bois. 

5» Ecrits. 

1857 

Essai d'une Revue synthétique de l'Exposition universelle de 1855. 
Paul Delaroche, sa vie et ses œuvres, paru en 1857, dans le journal le 
Siècle. 

1859 

J. Pradier, sa vie et ses ouvrages, par le plus ancien de ses élèves, 
avec une eau-forte. 

Cours élémentaire de dessin appliqué à l'architecture, à la sculpture, 
à la peinture, ainsi quà tous les arts industriels. Brochure et album 
composé de 50 planches lilhographiées. 

Arij Scheffer, Etude sur sa vie et ses ouvrages {h l'occasion de l'exposi- 
tion de ses œuvres). 



_ 44 — 



1860 



L'Institut, l'Académie des Beaux-Arts et VEcole des Beaux-Arts. 
Collection de tableaux anciens rapportés d'Espagne par M. Gan. 

1860-1861 

Dix leçons, conférences sur les trois arts faites dans le grand amphi- 
théâtres de l'Ecole de médecine. 

Conférences faites sur David d'Angers, Delacroix, Gavarni, Gros, Géri- 
cault, et enfin différents articles de journaux sur les Beaux-Arts et Ja 
politique. 

1878 

Souvenirs d'un artiste, ouvrage orné de planches et héliogravures et 
d'un portrait de l'auteur. — Dentu, éditeur. 



PARIS. — TVrOGnAPHIE DE E. PLON, NOURRIT ET C'% RUE GARANClÈRE, 8.